ALYC

Alyc

Anciens des Lycées de Constantine

Les bahuts du Rhumel (la revue)

Bahuts du Rhumel n° 62 – janv 2013

Uneàlaune-Bahuts-62-janv-2013-magMN-NB400-2

 

SOMMAIRE des ‘bahuts du rhumel’ n° 62 janvier 2013 – la revue de l’ ALYC Anciens des Lycées de Constantine -  Voeux du Président p1 – Alcyciades d’octobre 2012 à Grenoble p2, Voiturage et Ascension p7 &Spirituel et spiritueux p8 – Mon Laveran aux fous rires par Geneviève MONDOU-ARNAUDIES p1&6 – Aumale en Auvergne par André BRETON p1&3 avec photo de classe Lycée d’Aumale 1954 Sciences Exp. - Le lycée…oui! Et après ? de Jean BENOIT p4 – Aumale, c’était il y a un siècle et sept ans par B. R. - En Fratrie Alycéenne en encart avec « les récents adhérents »,  »les messages », les « décès »,   »les Jeudis aux Buttes » et une photo de classe Lycée Laveran 1962 10e de Geneviève BAROCHE-BENOIT (parue dans un numéro de ‘La Vie’ consacré au cinquantenaire de l’exode de 1962).

 

 

En cliquant sur la photo vous accédez à la Une.

Alyciades doctobre 2012 à Grenoble

Légende des photos - Page 2 - 1 Goûter du vendredi après-midi • 2 Y. Nakache, P. Clementi, Marie,  Henri et Francine Oberdorff • 3  En  voiture  pour  la  découverte  de  Grenoble • 4  Panoramique sur  un coin  d’assemblée générale • 5 A table après l’assemblée  • 6  Boucle de  l’Isère.

En octobre 2012, pour la trentième fois, depuis leur première réunion d’Eguille, en 1983, des Alycéens ont joué les saumons. Oh! toutes pro­ portions gardées, bien sûr: pas d’écailles, de branchies ni de nageoires caudales ou dorsales, non, mais une tendance à la migration, a:mme le font ces téléostéens qui remontent leur rivière originelle, attirés par le souvenir de leurs jeunes années.

C’est donc le vendredi 5 octobre que s’effectua le retour aux sources, et la rivière, cette fois, avait nom Isère, non loin de cette ville de Greno­ ble qui – étant capitale du Dauphiné – peut prétendre avoir un brin d’af­ firtité avec la gent poissonnière.

Au fil des journées, une bonne quarantaine d’Alycéens représentèrent la fratrie, soit une modeste « tête de pipe » pour sept adhérents.

« La Clé des champs » qui leur servit de havre se situait, à Claix, dans un accueillant coin de verdure. Leur avait été réservée, une vaste salle privative au sein de laquelle se déroulèrent aussi bien l’assemblée géné­ rale que les repas et les soirées, exception étant faite pour les goûters et les apéritifs, servis, eux, sur la terrasse jouxtant les eaux bleues d’une vaste piscine.

Ceux qui ont goûté – au moins une fois dans leur vie alycéenne – à la joie des retrouvailles, savent l’ambiance qui règne au fur et à mesure que se succèdent les arrivées, alors qu’aucun emploi du temps collectif ne vient entraver le déroulement des conversations engagées…

Une déception: l’absence du président d’honneur jean Malpel, em ché par des ennuis de santé qui furent souhaités passagers; un bonheur: celui de revoir Jo Pozzo di Borgo, président d’honneur – et dernier pré­ sident de l’association des anciens élèves du lycée d’Aumale, il y a un demi-siècle, de l’autre côté de la Méditerranée – qui appela, en fin d’as­ semblée générale, à plus de participation pour faire vivre la « fratrie ».

 

Samedi 6, aux traditionnels lève-tôt du petit déjeuner, le privilège de voir le soleil lâcher, un par un, ses rayons au ras d’un des hauts pla­ teaux qui culminent au-dessus de Grenoble, trois heures avant cette as­ semblée générale dont il n’est pas nécessaire, ici, de donner le détail puisqu ‘on a pu en lire le détail par ailleurs. Disons seulement que, pour la première fois, elle a eu lieu – sans façons – avec un auditoire attablé devant des couverts déjà installés en vue du repas de midi; ce qui n’em­ pêchera pas l’assistance d’aller – à la fin des débats – dégourdir ses jam­ bes et siroter l’ayéritif dehors, à deux pas de la piscine.

Café savoure, le cap est mis sur Grenoble où, place Grenette, la comapagnie s’installe dans les trois wagons du petit train local à lo­ comotive pourvue d’une haute cheminée, et en route pour un périple de place en place: Aux Herbes, Notre-Dame, Lavalette, Saint-Laurent-de-la Cymaise, Ile Verte, Poudrière, Vaucanson et autres.

Passant quai de Jongkind, amicale pensée devant la demeure qui fut celle de feu notre confrère alycéen Jean-Pierre Ozanne.

Voiturage et ascension 

Légende des photos – 1 Statue de Pierre du Ter­rail et chevalier sans peur et sans reproche  de Ba­yard, natif de Poncharat et donc, enfant du Dauphiné, te­nant l’épée qui adouba chevalier Sa Majesté François Ier, sur le champ de bataille de Marignan, en 1515 comme chacun sait.· 2 Un joli coin de jardin. 3 Nacelles du téléphérique sur vue aérienne de Grenoble. 4 Photo de famille: Fleck, H. Chardon, Garnier, Peyrat, Berleux, Fleck(e), J. Dumon, Izaute, Lejeune, les Couget, Labat, J-llil. Clementi, Harel, Lirola, Challande, G. Ales­ sandra, Sallée, C. Dumon, N. Alessandra, C. Chardon, Gesta, Cohen, Nakache. 5 Corerie de la Chartreuse.

Second acte touristique de l’après-midi, l’ascension de la colline de La Bastille, n:m de fortifications dont les premières constructions furent entreprises en 1590, après que le sire de Lesdiguière, capitaine des huguenots du Dauphiné, se fut e:n­ paré de la cité dont le rom premier avait été Cularo au temps des Gaulois puis Gratianopolis sous les Romains – les étymologistes savoureront!

Vauban renforça le site au XVllème siècle, et le général Haxo le paracheva au XIXème, sur l’ordre du roi Louis XVIII, lorsque, à l’issue de congrès de Vienne – la proximité du royaume de Piémont-Sardaigne constitua une menace pour le royaume de France.

De ce belvédère culminant et martial – confortablement atteint grâce au téléphéri­ que dont les Grenoblois appellent « Oeufs » les nacelles transparentes – la vue do­ mine l’ensemble de l’agglomération grenobloise au sein de laquelle se glissent les majestueuses eaux bleues de l’Isère.

A la nuit tombante, retour vers la « Clef des Champs » et les saveurs gastrono­ miques de la soirée de gala.

Dimanche 7 - c’est grise mine au ciel et pluie d’automne sur la terre, mais, peut-être - à la réflexion – la météo de ce jour convient-elle à la découverte du « désert » choisi par saint Bruno pour y implanter la chartreuse de ses rêves.

Que sait-on réellement de ce Bruno? Qu’homme du Xlème siècle, il était originaire de Cologi:ie et de haute extraction nobiliaire, mais son patronyme demeure ignoré de tout un chacun. Ayant refusé les honneurs et les dignités que lui avait offerts le pape lui-même et traînant à sa suite six compagnons, il s’acnarna à découvrir un ‘désert » idéal pour y implanter un monastère éfoigné d’un monde qu’il jugeait per­ vers et soumis à de fallacieux attraits.

Les forêts montagnardes constituant le dit désert, sous la pluie que renforcent de ouateuses étoupes ae brouillard, se parcourent en une succession de virages au long desquels le chauffeur de l’autocar alycéen fait preuve de toute sa dextérité afin d’atteindre la « corerie » de la Chartreuse, c’est à dire sa « base avancée », à une bonne demi-heure de marche – en dénivelé’ – de la Chartreuse elle-même et de son conglomérat de petits toits à couverture d’ardoise, aussi pointus que sont caluches de moines.

Là, nanti d’un boîtier sonore, écouteurs aux oreilles, chaque visiteur peut entamer un parcours de salle en salle, au long duquel lui sont  révélés les secrets de la vie monacale: volontaire isolement, silence intégral, foison d’oraisons, chiches et frugaux repas, étude intensive des textes sacrés, labeur manuel, plain-chant modulé aux offices collectifs de jour et de nuit, saintes méditations.

Spirituel et spiritueux - 

Légende des photos – 1 La maquette du monastère - 2 Sous le portrait de saint Bruno, J-P Peyrat et le révérentissimus Dom Johannes Benedictus – 3 Le paisible et discret coin repos-oraisons­-études dans chacun des ermitages- 4 Deux chartreux au travail à la distillerie de Voiron - 5 Au repas de midi à Saint-Pierre de Chartreuse - 6 Quatre dégustateurs alycéens face à un alignement de verres – 7 Gare de Grenoble, L. Burgay, J. Izaute, D. Garnier, Y. Nakache, J-M. Sal­ lée, S. Berleux, J. Corbet et J-P. Peyrat, à l’heure de la séparation.

  • • Photos de C. Dumon, D. Garnier, L. Burgay, J-P. Peyrat.

Pour vivre une existence où se mêlent la solitude et l’union fraternelle à l’heure des offices de jour et de nuit, chacun des chartreux dispose d’un er­mitage de quatre pièces (deux au rez­ de-cftaussée, deux à l’étage), jouxté par un jardinet que chacun aménage à son goût: friche ou profusion florale. En bas, le travail, en haut, l’oraison; les repas et le repos nocturne à rrâre une paillasse posée sur un lit de plan­ ches, dans une manière d’alcôve. Vis-à-vis, la forêt, au-dessus le ciel.

Pour  les  Alycéens,   »retour  sur terre », et le cap droit sur Saint-Pierre-de­ Chartreuse   et  son   restaurant    »Beau Site » dont le menu – bien moins spartiate que celui d’un chartreux – comporte un gratin dauphinois; habituellement « ragougnassé » par un tsunami liquide, l’équilibre de ce plat régional est, pour une fois, subtilement dosé entre pommes de terre et accompagnement crémeux. Honneur au chef!

A la fin du repas, en guise de digestif post-café, un petit verre de  chartreuse ne peut que s’imposer.

Ce sera bientôt chose faite – et « en grand » – après quelques tours de roues, à Voiron où la solitude monastique antécédemment découverte fait place à la multitude touristique. Pris en  charge par une guide à l’uniforme taillé dans un tissu vert (de ton « chartreuse » com­ rre il se doit), chaque groupe de visi­ teurs part à la découverte (excepté cel­ le des deux moines qui oeuvrent, dans le secret, à l’étage supérieur) d’un uni­ vers plus empreint de spiritueux que de spirituel, dont tonneaux  gigantesques ou alambics dignes des aldùmistes des temps anciens. Suit, une petite projec­ tion sur la façon de tirer une inégala­ ble matière de la distillation – après de longues macérations – de quelque cent trente plantes médicinales .

Enfin, retour à la case départ, et lèche-vitrines devant les modèles de bou­ teilles qui, au fil des ans, reçurent le monastique breuvage … et, les contrefaçons réalisées par mille et un faussaires du monde entier. En final, sur des comptoirs élevés presque à hauteur de menton, des batteries de verres, rangés côte à côte, n’attenâent que le bon plaisir du gosier de force dégustateurs.

Lestés de quelques bouteilles ou de sacs de bonbons aux arômes de char­ treuse, nos Alycéens n’ont plus gu’à rebrousser chemin, rallier Claix  et sa « Clef des champs », faire un brin de toilette, et avaler le souper du soir avant d’esquisser bon nombre de pas de danse, romme au bon vieux et lointain temps de l’année 1947 quand certain « Cogito Club » avait osé organiser, dans les locaux mêmes du sévère bahut, la sauterie dont certains se souviennent encore.

Il faut bien – n’est-ce pas? – que jeunesse (retrouvée) se passe !

Aumale en Auvergne 50 ans après

Le célèbre squelette qui hantait les salles de sciences du lycée de garçons de Constantine a eu l’honneur de figurer, en excellente place, dans l’un des quatre-vingts panneaux de douze pages (format 21×29,7) constituant une partie de l’exposition « 1830-1962 Souvenirs d’Algérie » , présentée par le Cercle algérianiste d Auvergne, le samedi premier et le dimanche deux septembre, à Chamalières,   »Carrefour Europe ».

Y figurait en sa compagnie, la clas­se de sciences expérimentales 1954: de haut en bas et de gauche à droite, ?, Georges Lagier, Salim Dib, ?, Charly Chaudoreille, Napoléone, ?, ?; puis Kamel Hamdikem, ?, ?, Alain Ralûer,

?; Longevialle, Gilbert Allouche, Jean Baldino, ?; après le squelette, André Breton, Georges Zaoui,  Louis Genevrey, Michel Piétrini, ?, André Turco, Jacques Zafran,· puis ?., ?., ?., M. Menage, le professeur de philosophie, ?? Mohamed Abdelmoumène, ?, et Pierre Bousquet – tous, israélites, musulmans, chrétiens ou agnostiques fraternelle­ ment confondus.

Etaient également « de la fête », un portrait  en couleur du maréchal  Juin - académicien français et célèbre ancien du bahut – ainsi que son texte ayant tenu lieu de préface au « Livre d’or » édité par l’Amicale des anciens élèves (alors présidée par Jo Pozzo di Borgo) en 1958, lorsque fut célébré le centenaire de l’établissement.

Outre quatre vues photographiques des lieux fidèlement incrustés au coeur de chaque ancien élève d’ »Aumale », la reproduction  des   »Dates  repères »  de !’historique du bahut figurant dans la jaquette de notre annuaire, et des ex­ traits du palmarès de 1955.

Le tout rassemblé par notre confrère alycéen André Breton, professeur émérite de biologie à la Faculté des Sciences de Clermont-Ferrand, à qui revint l’honneur de présenter, le samedi, à un important auditoire – et  diaporama à l’appui – notre célèbre rocher élevé au coeur de l’Est algérien.

Au cours de sa conférence intitulée « Constantine, chef-d’oeuvre de la nature et du travail des hommes » – il s’attacha à évoquer !’extraordinaire histoire géologique du rocher et de sa colonisation par l’homme depuis des millénaires. Il décrivit la position exceptionnelle du site et rendit hommage aux bâtisseurs qui, en un tiers de siècle, entreprirent des travaux géants permettant l’extension de la cité et favorisant les communications avec l’extérieur.

En conclusion, il évoqua, avec émotion, ce temps révolu où vivaient là, côte à côte, Arabes, Kabyles, Juifs et Européens originaires du pourtour de la Méditerranée, faisant, de cette ville, un creuset où se mêlaient, de manière exemplaire, toutes les cultures.

Comme les visiteurs de l’exposition, les auditeurs avaient foulé – très pédestrement – dès leur entrée dans la salle municipale du « Carrefour Europe », le sol algérien que symbolisait une immense carte routière des trois anciennes provinces françaises subméditerranéennes.

De là, chacun pouvait partir à la découverte de l ‘Oranais, de !’Algérois et du Constantinois, pour s’émerveiller des grandes oeuvres de la France en Algérie, et se souvenir de la contribution de l’Armée d’Afrique dans la libération de la Mère Patrie, lors des deux guerres mondiales.

Affiches, peintures, photographies, cartes postales, timbres, ouvrages, documents authentiques liés à la deuxième guerre mondiale, etc… étaient, là, les témoins indiscutables de la présence française en Algérie, bien après les lointaines premières heures de l’initiale Berbérie.

Ce vaste travail de recherche et de regroupement avait été réalisé par cinquante-trois familles d’adhérents du Cercle algérianiste d’Auvergne – créé en 1974 – dont Mme Françoise Leroy est l’actuelle présidente.

Plusieurs autres cercles algérianistes avaient également contribué à rassembler des témoignages majoritairement iconographiques, de même que les Centres de documentation d’Aix-en­ Provence et de Perpignan.

Tant de travail pouvait trouver sa récompense dans !’enthousiasme des visiteurs, dont certains s’attardaient à photographier un grand nombre de documents, tandis que d’autres ne pouvaient s’empêcher d’écraser quelques larmes.

Autres larmes – souvent aussi – à la sortie de la salle d’exposition, quand le regard se posait, avec nostalgie, sur une symbolique valise en carton contenant une attestation de sortie d’Algérie et un billet d’avion à destination de !’Hexagone… billet  déjà vieux d’un demi-siècle.

Ainsi, très nombreux furent ceux qui

- en deux journées seulement – purent découvrir notre Algérie, et repartirent du « Carrefour Europe » avec une autre vision de cette terre qui fut, de 1830 à 1962, une partie de la France si chère au coeur d’un million d’exilés…

Et de tous nos Alycéens.

Le lycée…  Oui! Et après ?

Au moment où je franchissais – pour une dernière fois en tant que lycéen – la porte du bahut, en juin 1940, je pouvais me demander quand me serait, désormais, donnée l’occasion de mettre en pratique les vestiges (soyons modeste) des connaissances censées s’être accumulées dans les circonvolutions de ma petite cervelle d’oiseau.

Pour le français, passe encore: j’aurais sûrement quelques missives à écrire et quelques livres à survoler…

Mais pour le autres matières?

Piètre fut leur emploi, et pour cause: sur les conseils paternels (qui étaient peut-être des ordres, allez savoir!) je m’étais lancé dans des études…d’agriculture .

La langue de Virgile ne fut d’aucun se­ cours lorsque j’eus entrepris ce bucolique « retour à la terre » destiné à faire de moi un ingénieur agricole…même pas pour proclamer haut et clair qu’in vino veritas.

Il fallut (presque) repartir à zéro. Presque, parce que si la rosa de la première déclinaison latine eut des prolongations dans le domaine de l’horticulture, par contre, il fallut troquer le rectangulaire scutum latin des guerres puniques faisant face au circonférent clipeus carthaginois, contre cette margarita dont s’effeuillent amoureusement les pétales, ou ces ravages causés aux récoltes par le « paludophore » schistocerca gregaria alias criquet pèlerin.

Côté mathématiques, la connaissance des seules « quatre opérations » apprises en classe de dixième et de neuvième suffisait à assurer la bonne gestion d’un domaine; et, côté chimie, celle qu’on dit « organique », ressemblait à celle qui s’affichait « agricole », comme une des trois Peter sister avait de similitude avec une geisha…

Là encore, tout était à revoir.

Vint novembre 1942, et l’heure de mettre un frein aux études pour rejoindre, à Djid­ jelli, le Chantier de Jeunesse numéro 104.

Là – spécialité agricole oblige – le jeune de France qu’était devenu l’ancien lycéen dut oublier latin, mathématiques, géographie, littérature, physique pour se métamorphoser  en…muletier.

Par contre, la langue de Shakespeare eut l’occasion de revenir en force, dès le 8 de cet avant-dernier mois de l’année, quand les Tommies et les Samys alliés eurent posé le pied sur le sol d’ Afrique du Nord.

Le néo-muletier eut alors deux occasions de vérifier gue les leçons données par Mme et M. Fargeix avaient été fructueuses. .

D’une  part,  les  nouveaux   débarqués

- gens des « Royal engineers » spécialement – eurent tôt fait d’organiser des soirées de variétés au Casino du cru. Et le ci-devant lycéen y eut un rôle tenant à la fois du speaker et du Monsieur Loyal.

D’autre part, l’un des aumôniers des Chantiers eut recours à ses services pour l’aider à traduire ses sermons en anglais, afin de semer la bonne parole dans le coeur des sujets de Sa Majesté George VI et des compatriotes du président Franklin Delano Roosevelt, ses dear brethrens.

Des Chantiers, l’ex-speaker-muletier se trouva propulsé chez  les tirailleurs algériens,et ce fut, en quelque sorte un retour à l’école, celle qui, dans !’Armée, se nomme « école du soldat « : cela se pratique, généralement, un fusil à la main et un sac réglementaire – dit « as de carreau » – sur le dos, sac souvent lesté d’un bon nombre de pierres afin de rendre plus attrayante la progression pedibus sur un appréciable nombre de kilomètres.

 

Advint alors une résurgence des mathématiques lorsque me fut proposée la participation à un examen ouvrant la voie aux fonctions d’aspirant. Outre une épreuve de français, devait être résolu un problème rappelant les vidanges de robinet et les heures de croisement âe chemins de fer, aux temps où la solution arrivait par l’usage de l’arithmétique. Il s’agissait,  cette fois,  du tir d’une mitrailleuse à travers les pales d’une hélice d’avion.

L’algèbre enseignée par M. Just Recouly prouva son efficacité.

S’ensuivit alors le retour en force de l’histoire et de la géographie. Géographie des territoires  grignotés  sur l’adversaire

- dont le fameux Palatinat déjà ravagé, jadis, par les troupes du Roi Soleil – et histoire qu’écrivaient, d’un sang généreux, ceux qui tombaient tout au long d’une route glorieuse mais semée de rudes voire funè­bres misères.

Ici, question!

Que faire, dans un régiment de tirailleurs algériens, sinon être amené à user de la langue arabe; et là, qu’auraient pensé M. Amouche et M. Lentin, dignes professeurs au lycée de garçons, en découvrant le sabir alors en usage dans les rangs de la glorieuse Armée d’Afrique!…

Exemple d’interrogatoire d’un turco:

-  « Oussmek? »

Là, rien à dire pour le « Comment te nommes-tu? ».

Vient alors, pour « quel est ton matricule? », ce franco-arabe de la plus belle eau:

-  « Numerok? »

Que suit un renvoi vers la place du quidam::

-  « Imchi blaç’tek ».

Ainsi, se trouve respectée la grammaire qui entend que le « k » représente, en arabe, la deuxième personne du singulier.

Passons!

Eclaircie de l’armistice, – enfin! – suivie de cette sorte de récréation que constituait l’occupation du pays conquis.

Et, là, à l’occasion de nombreux « inventaires » dans les territoires récemment con­ quis, découverte, sur un rayon de bibliothèque – outre-Rhin – d’un livre d’histoire en langue allemande qui se trouvait être la réplique exacte de nos « Malet et Isaac, » avec les mêmes illustrations aux mêmes en­ droits… et le même Carolus Magnus qui, de sa  capitale  d’Aix-la-Chapelle, se faisait déjà une petite idée de ce que pourrait donner une Europe gallo-romano-germanique. D’anglais, fort peu, mais une pensée pour

M. M. Loup et Harts devant la difficulté à proposer: Fraulein, sechs Uhr, Abend, spa ­ zieren » aux jolies Gretchen de rencontre…

Enfin, une fois que je fus libéré des gran­ deurs et des servitudes militaires, il ne fut f>lus question, pour mo d’imiter le noble Cincinnatus en retournant mettre la main sur un mancheron de charrue.

Une petite annonce parue dans les colonnes de « La Dépêche de Constantine » se chargea de métamorphoser l’ex-apprenti-cul-terreux que j’avais été, en familier d’un métier dont on dit souvent qu’il est tout juste bon pour des ratés.

Désormais, les rapports avec les rudiments acquis au lycée, allaient se borner à l’unique pratique de la  langue française et

- en qualité de père de famille – à l’épluchage des livrets scolaires de la progéniture…

…jusqu’à l’avénement de l’ALYC !

J. B.

Aumale, c’etail il y a un siècle et sept ans

Epoustouflant ! ! ! ! ! ! ! ! !!!!! ! Oui! la ribambelle de points d’exclamation semble s’imposer… Epous­touflant: adjectif dérivé du vieux fran­ çais soi épousser, lui-même dérivé du latin pu / sare: pousser violemment – à en perdre le souffle, donc.

Outre notre qualificatif d’époustou­flante, la photographie qui figure ci­ dessus peut être considérée comme rarissime sinon unique en son genre dans les annales du lycée de garçons de Constantine… et peut-être même dans celles des autres lycées de France voire de Navarre.

Elle laisse aussi, un  brin  rêveur, car – mes consoeurs et mes confrères alycéens – qui sait si nous ne sommes pas nombreux à penser que là, fondu dans la masse de ces élèves assemblés, un père ou même un grand-père est venu, avant nous, user ses fonds de culottes sur les sièges du bahut?

En effet, l’époustouflante image date de 1906, ce qui explique que, sur le cliché, le « petit lycée » n’existe pas encore (1), et que le futur emplacement de la « cour des petits », se présente sous les aspects d’un  jardinet  plus ou  moins bien entretenu, et que n’existent pas non plus le bâtiment se terminant à hauteur de la rue de France, ni le passage couvert qui surplombait la grande cour et tenait lieu de préau aux heures maussades où la pluie venait perturber la récréation.

Qui put avoir, le premier, la prodigieuse idée de se lancer dans une réalisation aussi pharaonique?

M.M. Tourte et Petitin? Ayant pignon sur rue au 53 de la rue Gide à Levallois-Perret, il est certain qu’ils jouissaient du privilège, in partibus avec M.M. David et Valois, d’être les photographes attitrés du ministère de l’Instruction  publique.

Autre initiateur possible du projet, le proviseur Busquet, Zéphirin de son prénom, natif de Maillane, il était l’ami de Frédéric Mistral, princeps du félibrige, qui s’était vu décerner le prix Nobel  de littérature deux ans plus tôt. Homme d’initiative, M. Busquet aurait bien été capable d’avoir eu l’idée de donner à contempler son cheptel scolaire d’un unique coup d’oeil.

Au lecteur le choix de trancher entre les deux premiers et le second.

Ceci dit, nous pourrions nous complaire à imaginer qu’une mise au point rapide se fit, dans le bureau du proviseur, et qu’ aussitôt après, s’exécutèrent les déplacements des sous-ordres sur le terrain choisi, afin de délimiter les espaces de regroupement des diverses classes, en prévoyant que les « petits » se trouveraient au premier rang, les plus grands se répartissant en des emplacements beaucoup plus éloignés de l’opérateur.

Le scénario de l’événement établi, on diffusa une note à lire dans toutes les classes pour informer maîtres et élèves de ce qui allait se dérouler dans d’assez brefs délais; ainsi, quand ad­ viendrait l’heure  H, chacun se tien­ drait exactement à l’endroit voulu.

Mais, là encore, à  la fameuse heure H – après que se fussent éteints les rou­lements de tambour appelant au grand rassemblement – rien ne dit que les évè­nements se déroulèrent selon le processus initialement prévu. On ne saura jamais, par exemple, si l’état du cielpermit d’opérer à l’heure initialement choisie; par contre on peut être certain que les opérations ne se déroulèrent pas exactement dans l’ordre parfait et le silence idéal qui avaient été envisagés.

Il n’est pas interdit de penser, en outre, qu’en ces temps où régnait, dans les lycées de garçons, une discipline extrêmement sévère, quelques loustics ne profitèrent pas, au moment favorable, de l’excellente occasion qui leur était donnée de déclencher, sans trop de risques, un retentissant chahut.

Toujours est-il que finit par arriver l’instant où chacun se trouva idéale­ ment immobilisé et où le photographe put écraser, du pouce et de l’index, son déclencheur afin de provoquer   »l ‘évasion du petit oiseau’ .

- Imaginant qu’avait alors été poussé un « ouf » général de soulagement, peut être est-il temps de se rendre compte que l’aventure ne se renouvela jamais, entre 1906 et 1962.

B.R

1- La pose de la première pierre par le gouverneur général Jonnart devait se dérouler deux années plus tard, en 1908, soit cinquante ans après la fondation  de l’établissement.

 

Mon Laveran aux fous rires 

Au lycée, les camarades avec lesquelles j’avais coutume de « m’éclater » quotidiennement se nommaient Michèle Bail, Lucie-Paule Fatis, Danièle Duplan, Marie-Jeanne et Danièle Goett, Marie-Claude Mattéi et Marie-Claude Falcone; je les revois toujours, malgré l’exode et l’éloignement.

J’étais demi-pensionnaire. Les repas se passaient dans la gaieté: comme disait Maman, « un fou rire vaut un bon bifteck », et nous n’accordions pas d’importance au bouilli-rôti dans notre assiette. L’essentiel – pour nous – était d’être ensemble et de rire.

Michèle était chef de table. Chaque jour, elle désignait, panni nous huit, celle qui choisirait le meilleur morceau car deux ou trois parts seulement se révélaient convenables, et il fallait at­ tendre son tour pour pouvoir bénéfi­ cier d’un morceau de bonne qualité… Mais peu importait, l’essentiel était d’être ensembfe et de rire.

Or, lorsqu’il y avait du porc au menu, on nous obligeait à accueillir, à notre table, deux rationnaires qui ob­servaient un régime sans porc; résul­tat: deux des nôtres – désignées par Michèle – devaient céder leur place aux deux « envahisseuses », ce qu ‘elles ne faisaient pas de gaieté de coeur. De fait, il aurait été plus logique de prévoir des tables « avec-régime » et d’ autres   »avec-porc ».

On essayait – bien sûr – de faire, contre mauvaise fortune, bon coeur, mais, malgré cette résignation, on ne riait plus et c’était l’ennui.

Comme, en classe, nous n’étions pas toujours très gentilles, les travers de nos doctes professeurs étaient souvent le principal sujet de nos conversations à table et de nos fameux fous rires, surtout quand nous affublions ces dames de surnoms caricaturaux …

Bref, nous nous moquions de tout et de rien, et le temps, à çe jeu, passait trop vite.

En fait de distraction, au moment des récréations, le grand sport de  Laveran a toujours été « le ballon prisonnier » – toutes générations confondues semble-t-il – à tel point que nous le pratiquions encore en terminale, à la veille de subir les épreuves du bac.

Les règles sont simples. Deux équi­ pes s’affrontent, de part et d’autre d’u­ ne ligne de ‘séparation,  pour  bloquer un ballon, au passage. La joueuse qui est atteinte sans avoir réussi à le sai­ sir est prisonnière  de l’équipe adverse et ne peut être libérée que si une adversaire est touchée à son tour. Fina­lement, l’équipe qui n’a plus aucun élé­ ment actif a perdu la partie.

En étude et en classe, demême qu’en sport, le travail se faisait en équipe: nous travaillions très sérieusement, mettant en commun nos connaissances et nos astuces.

Bien sûr, certains professeurs nous ont marquées a:mme elles ont marqué toutes les lycéennes:

Deux sœurs, d’abord, Mlle Mariaud (français) et Mme Olives (couture). En 1952, elles devaient être loin d’avoir soixante ans mais elles nous paraissaient très vieilles.

La première était  d’un cynisme déroutant: elle lisait tout haut le texte de nos rédactions et se moquait impitoyablement de nos fautes et de nos idées malencontreuses. Elle nous glaçait littéralement.

La seconde avait une façon bien à elle et totalement incompréhensible de noter nos ouvrages, au point que les mauvaises langues prétendaient qu’el­ les jetaient par la fenêtre et les classait ensuite par ordre d’arrivée au sol. C’était bien mal récompenser un travail souvent exécuté avec application. A l’inverse, certaines bonnes notes se révélaient, pour le moins,  inattendues.

En sciences naturelles, Mlle Heurtaux avait tendance à s’endormir parfois en classe

A l’inverse, Mme Ingrain, notre professeur d’histoire et de géographie , était tellement intéressante que f’heure de cours passait, passait, la cloche sonnait… et l’on avait bien du mal à se détacher de !’exposé en cours.

Enseignante d’italien, Mlle  Creuly se révélait aussi dynamique qu’amusante.

Sont encore bien présentes en  ma mémoire, Mlle Arboré en français-la­ tin, Mlle Fleury en sciences naturelles, et Mlle Bernardini en histoire et géo­ graphie.

Enfin, se situant au pinacle, l’inoubliable Mlle Pouillard faisait, de la philosophie, un art: on l’aurait volontiers écoutée des années durant.

Personnage également marquant de notre bahut, l’abbé Emmanuel Grima qui assurait l’éducation religieuse, de la sixième à la terminale. Ancien scout, il organisait, en outre, des sorties à la campagne auxquelles nos condisciples israélites et musulmanes étaient ravies de pouvoir se joindre; c’est dire combien il était apprécié des jeunes.

Son influence grandissante aurait - paraît-il – inquiété en haut-lieu ? Il a été muté, à notre grand regret.

Geneviève MONDOU ARNAUDIES

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Protected with IP Blacklist CloudIP Blacklist Cloud